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samedi 24 mai 2008

Entre les murs


Dernier film français présenté en compétition au sein de la sélection officielle, Entre les murs de Laurent Cantet est un petit bijou d'émotion et d'écriture. Récit des aventures d'un professeur de français au prise avec une classe de 4e, le quatrième long-métrage du réalisateur de Ressources humaines touche juste, sans jamais forcer le trait ni sombrer dans la caricature.

5/6

Synecdoche, New York


Premier film du scénariste Charlie Kaufman, à qui l'on doit notamment les scripts géniaux de Dans la peau de John Malkovich et Eternel Sunshine of the Spotless Mind, Synecdoche, New York est un film-monde, retranscription de l'univers mental d'un dramaturge en prise avec une dépression. Si la structure du récit est trop abstraite pour tenir sur la longueur, le jeu de Philip Seymour Hoffman, prodigieux, permet de créer une vraie empathie pour le personnage principal.

3/6

My Magic


Petit film sans prétention signé Eric Khoo, My Magic a apporté un vent de fraîcheur sur la Croisette avec une histoire belle et touchante de la réconciliation entre un père et son fils. En magicien alcoolique qui endure les pires sévices pour retrouver la fibre paternelle, Francis Bosco crève l'écran alors que la mise en scène, d'une douceur infinie, isole les deux personnages pour mieux faire naitre l'empathie.

5/6

vendredi 23 mai 2008

Bye Bye Baby, Baby Goodbye


Quelques notulettes souvenirs pour ce Festival de Cannes, ce qu'il faudra retenir de 2008, ce à quoi il faudra penser pour 2009, en deux-trois mots.

- Penser, la prochaine fois, à faire le ménage dans la poche arrière de ma besace de choc, quoique je ne sais pas si les vigiles prêtent une quelconque attention au spectacle offert, constitué pour ma part de gélules de médocs égarés, de capotes (dont ma capote UMP que je garde comme totem), de badges du Melodifestivalen (j'aurais dû les jeter à l'équipe du suédois De Ofrivilliga en signe de joie) et une serviette d'anniversaire Winnie.

- En parlant de badge, j'ai perdu mon badge Mama Cass. Si quelqu'un le retrouve, merci de contacter la rédac.

- Si tu viens à l'heure idéale, tu peux regarder Motus dans le Palais. Alors, Thierry Beccaro ou le Philippin de 4h40?

- Essaie toi aussi chez toi de désigner le gagnant 2009 du Lavronenko Award, du nom de l'improbable gagnant 2007 du prix d'interprétation du Bannissement. FilmDeCulte propose le Spirou de Lorna, qui vaut une bien belle côte.

- La séance de Wendy and Lucy a probablement été le sommet du Festival pour notre amie la Vieille Cannoise, entre celles qui gémissent pour trouver une place, lançant à la sympathique hôtesse qu'elles ne reviendraient pas *bah une canicule ou une séance de Serbis et hop exaucées*, et celles qui gonflent toute leur empathie pour les scènes de déboires canins, ces moments qui ont probablement plus ému la croisette que n'importe quel destin de prisonnière argentine. Ce matin, dans le bus vers la gare, j'ai retrouvé foi en la Vieille Cannoise lorsque j'en ai croisé une, chaussée de souliers en forme de tête de chat.

- Cannes plus fort que Weight Watchers, avec ses repas du soir tardifs composés un jour de barquettes 3 chatons, un autre d'une biscotte. C'est qu'on se décarcasse pour vous.

- Dans mon filet garni de stars croisées: Harrison Ford, Cate Blanchett, John Hurt, Steven Spielberg, George Lucas, Michael Moore, Michelle Williams, Michel Gondry, Bong Joon-ho, Léos Carax (qui est content de voir qu'on est toujours vivant), Tarantino lors de sa stimulante leçon de cinéma, mangé des nems entre Nick Nolte et Henri Chapier, bu du punch entre Jean-Claude Van Damme et Didier Bourdon. Vu Sarah Marshall deux fois aussi (la notre, pas celle d'Apatow).

- Dans le train, machinalement, j'ai passé ma main au niveau de mon thorax pour jouer avec mon accred, comme depuis 8 jours. Mais elle n'y est plus.

- Enfin, penser à choper du Saint Saëns sur le net pour remplir mon baladeur, et monter toutes les marches avec, même celles du RER A.

Wendy and Lucy - Un Certain Regard


Kelly Reichardt, célébrée par un joli buzz l'année dernière avec Old Joy, présente son nouveau film, toujours produit par Todd Haynes, dans la sélection Un Certain Regard. Wendy and Lucy suit le parcours caillouteux de Wendy (Michelle Williams) et de sa chienne (Lucy, donc), bloquées dans un trou de l'Oregon, point de départ des beaux lendemains promis en Alaska, la destination visée. Mais rien ne se passera comme prévu, et Reichardt, qui carbure à l'économie (petit sujet, petite durée, petite ambition), en dit pas mal en en montrant (ou démontrant) assez peu. Soit un moment de vie que l'on sent déjà effilochée, portrait d'une marginalité et de ses débrouilles précaires, de ses sacrifices aussi, d'une voix presque aphone car la détresse, chez Reichardt reste tragiquement muette, réfugiée dans un train sans qu'on ne sache vraiment si la destination rêvée vaut mieux que le point de départ. A noter que Lucy, toutou de la réalisatrice, a obtenu la très officielle Palm Dog, qui a, par le passé, récompensé le toutou de Persepolis et celui de Marie-Antoinette. Le film, lui, a reçu une belle ovation méritée.

4-5/6

jeudi 22 mai 2008

Le poids des mots, le choc des photos (suite)

Non, le Festival de Cannes, ça n'est pas seulement le festival de la meuf qui en prend plein la gueule, grande tendance 2008 (Blindness, Delta, Gomorra, Lorna, Leonera, L'Echange, La Femme sans tête, y'en a eu pour tout le monde - en attendant peut être une décapitation de Milla Jovovich dans Palermo Shooting ou une éviscération d'Emily Watson dans Synecdoche), c'est aussi le temple à la pépite, le panthéon du bidon, l'autel de l'improbable: le marché du film et ses 10.000 merveilles que tu ne verras jamais. Mais en attendant, il nous reste toujours les affiches.


Le concept, le graphisme. Les enfants seront ravis.


Shake shake shake!


Fin de carrière, première partie.


Fin de carrière, deuxième partie.


Fin de carrière, troisième partie. Et en plus elle nous l'a bien caché *introducing Michèèle Laroooque*


Et ça marche aussi pour les réalisateurs! Les Tatu dirigées par... Roland Joffé.


Le premier effet indien *freaky*


Le deuxième effet indien *funky*


Le troisième effet indien *avec la première laque pour enfants en forme de phare*


Et puis le marché, c'est aussi la planche de salut pour la star d'il y a, allez, quelques années. Salut David.


Le Rebelle + 10.000 lieues de plus = un chef d'oeuvre gouleyant.


Revival Beverly Hills 90210 + des dinosaures = et Gabrielle Carteris, elle avait pas un film dans un coin?


Une idée, une carrière. Un titre confession aussi.


Et puis de la tagline qui va droit au but!


De la prod prestige!

Et de l'horreur


... partout *mais d'où vient ce sang*


... partout *comment ça tu as loupé le premier*


... partout on vous dit. Et le Philippe Garrel, c'était comment?

La Nouvelle vie de M. Horten - Un Certain Regard


Mignonne parenthèse dans l'univers sans pitié de Cannes, La Nouvelle vie de M. Horten a tout de l'effet Stimorol, avec son humour des glaces, son décor de neige et ses o barrés. Soit l'histoire dudit M. Horten, Odd de son prénom, moustache imperturbable et regard minéral, machiniste qui rate son dernier train avant la retraite, là où bien d'autres laissent passer le coche de leur premier. Chez Horten, tout semble réglé à la minute, mais ce contretremps imprévu va l'amener à vivre quelques aventurettes (pas réellement décoiffantes) qui n'étaient pas au programme du conducteur norvégien habitué aux rails, dans un monde où les gens se laissent glisser sur le verglas, où l'on roule les yeux bandés, et où l'on finit par s'adonner aux plaisirs dopants du saut à skis. Le film de Bent Hamer n'est pas débordant d'imagination, mais donne plutôt envie de faire un calin à son attachant personnage principal.

3-4/6

Le palmarès approche

Fin du festival, J-4... Quelques nouvelles réflexions en vrac.

1. Adoration a tout du film fourbe. Sujet intéressant qui relie l'intime à l'universel, mise en scène élégante, fin très belle... Atom Egoyan a fait mieux mais cela peut suffire à un nouveau prix inattendu.

2. Two Lovers me hante. Rien que le premier plan - Joaquin Phoenix de dos, sur une jetée, qui respire longuement, me file des frissons.

3. L'Echange de Clint Eastwood est d'un classicisme suranné mais un bon film qui a le mérite de s'exprimer à l'ensemble du public.

4. Voir Liverpool et mourir d'ennui... J'avais pourtant adoré Los Muertos mais trop de contemplatif tue le contemplatif. Reste quelques images sublimes, surtout au début du film.

5. Delta mérite le prix de la mise en scène. La scène des bateliers est absolument sublime tout comme le baiser échangé entre les deux amants incestueux.

6. Mon palmarès idéal commence à se préciser... Palme à Two Lovers, grand prix à Bashir, prix d'interprétation masculine pour Mathieu Amalric, d'interprétation féminine pour la jeune héroïne du Silence de Lorna... Mais je pressens la douche froide.

Adoration


Le nouveau film d'Atom Egoyan pourrait bien se glisser au palmarès. Élégamment mis en scène, Adoration évoque le drame intime de Simon, jeune adolescent à la recherche de la vérité sur la mort de ses parents. Le cinéaste canadien use de tout son art de conter pour brouiller les pistes, susciter les interrogations sur la réalité et la fiction et finalement émouvoir.

4/6

Le Che




Très attendue, la fresque monumentale de Steven Soderbergh consacrée à Che Guevara est une déception, surtout dans sa première partie. L'auteur de Traffic cède à l'imagerie révolutionnaire pour mettre en scène l'ascension au pouvoir de Fidel Castro, Ernesto Guevara et ses hommes, sans jamais adopter un réel point de vue sur son récit éclaté. La seconde partie est plus intéressante, plus aboutie, aussi, sur le plan formel avec un Benicio Del Toro christique en Guevara sur le chemin de sa mort.

3/6

Two Lovers


Vendu comme une comédie romantique new-yorkaise, le nouveau film de James Gray (La Nuit nous appartient), Two Lovers, est une tragédie sur le renoncement de l'amour sublimée par une mise en scène d'une beauté absolue. Joaquin Phoenix est une nouvelle fois magnifique en homme au coeur brisé qui reprend goût à la vie par la foi d'une passion impossible pour sa voisine. Une Palme d'or serait amplement mérité pour un réalisateur touché par la grâce.

6/6

mercredi 21 mai 2008

La Femme sans tête


A la suite d'un choc à la tête lors d'un accident de voiture, la vie d'une femme bascule. On l'aime bien Lucrecia Martel, on aime sa Cienaga, ses lunettes aussi, moins sa Nina Santa mais la réalisatrice a prouvé qu'elle savait user de son sens visuel comme de ses éclats sensuels. Mais on l'aime moins dans cette errance vidissime, soignée formellement mais au récit totalement indigent. La présence en compétition officielle de son dernier long métrage, femme sans tête et film sans rien, laisse dubitatif.

1/6

Elève libre - Quinzaine des réalisateurs


Quatrième long métrage du belge Joachim Lafosse, Elève libre raconte les turpitudes d'un ado tennisman en échec scolaire, pris sous l'aile de trois adultes pour réussir un prochain concours décisif. Et Lafosse de ressusciter l'éducation façon Grèce antique, où les rattrapages de maths se confondent avec les cours de sexualité accélérés. Entre quelques joutes verbales, Lafosse filme avec minutie la déliquescence de rapports un rien pervers, entre gamins pas si égarés et figures ambiguës de transmission. Solide, même si l'ensemble parfois anecdotique manque un chouilla de relief.

3-4/6

Delta


Tandis qu'à la Quinzaine des réalisateurs Lisandro Alonso feuillette son manuel du film d'auteur cannois pour les nuls avec l'épouvantable Liverpool, le Hongrois Kornel Mundruczo cueille son monde avec Delta. Sur le papier, un candidat alléchant mais qui faisait un peu figure de Bannissement version 2008: contemplation de l'est entre la terre et le ciel, pas super volubile et peuplée de plans qui prétendent chacun à la coupe du plus beau plan du monde. Mais ce Delta-là, contrairement au Zviaguintsev, n'a rien d'écrasant, plutôt la beauté pure et brute d'un récit biblique, frère et soeur à la recherche de leur paradis perdu, entourés de tortues et de grenouilles, flottant sur l'eau tandis que l'orage se déchaîne. Révélation magnifique pour ce cinéaste encore méconnu, qui peint aussi bien une procession funéraire fluviale, d'une puissance incroyable, qu'une trace désolée qui dérive lentement, lorsque le tumulte s'est éteint. Un candidat idéal pour le prix de la mise en scène.

5/6

L'Echange


Il y a deux films en un dans cet Echange eastwoodien: le premier est superbe, récit de l'enlèvement d'un gamin à la fin des années 20. Lorsqu'on restitue à la mère (Angelina Jolie) un garçon qui dit être son fils, cette dernière est persuadée que ce n'est pas le sien. Improbable complot mais faits réels, à travers cette plongée noir c'est noir dans la corruption institutionnalisée ou l'enfer du fait divers, le tout filmé avec goût par l'ami Clint. Mais il y a un autre film dans L'Echange: le film à procès plus convenu, la cause du seule contre tous, un récit qui chuchote désormais plus "Oscar" que "Palme". Dommage que cette deuxième moitié élégante mais très conventionnelle n'éteigne quelque peu la belle flamme du film, qui reste classieux mais en deça de nos folles espérances. Et l'on en vient parfois à se demander si l'on ne préférait pas la Jolie embrasée dans ses navets de la première heure à la Jolie glacée d'ici ou d'Un Coeur invaincu.

4/6

Le Silence de Lorna


Ils sont bien peu au monde à pouvoir rivaliser avec eux en matière de lauriers cannois (deux palmes et deux prix d'interprétation en l'espace de trois films: qui dit mieux), et voir encore une fois le nom des frères Dardennes sur la liste des sélectionnés de cette année avait un très léger goût de routine... mais quel sélectionneur au monde pourrait se permettre le luxe de ne pas accueillir les bras grands ouverts ce Silence de Lorna, nouvelle réussite des réalisateurs belges? Soit l'histoire d'une jeune femme d'origine albanaise, devenue belge à la suite d'un mariage blanc (avec un junkie, Jérémie Renier), et qui rêve d'ouvrir un snack avec son petit ami, Sokol. Pour cela, elle va être confrontée à un dilemme tragique... La caméra des frères se fait moins mouvementée, plus posée, mais la fièvre est identique, celle de Lorna, prise entre les feux de ce nouveau drame social, héroïne qui ne laisse rien paraître mais dont le ventre gonfle de rage et d'anxiété, qui se veut maîtresse malgré son instrumentalisation. Rayon prix d'interprétation féminine, à Cannes, il y a le team Leonera. A FilmDeCulte, il y a plutôt le team Lorna, alias Arta Dobroshi, bluffante de la première à la dernière seconde.

5/6

mardi 20 mai 2008

De Ofrivilliga - Un Certain Regard


Petits instants suédois peints par un Ruben Östlund au regard acéré, De Ofrivilliga (Involontaires) est une succession de vignettes drôlatiques dont le point commun est de mettre en scène des groupes (des petites ados vont se finir au goulot, une meute de mecs en vacances font des blagues salaces ou encore une jeune maîtresse enthousiaste se heurte à ses collègues) et la pression absurde qu'ils exercent sur les individus, dans un cadre fixe et inébranlable, scrutant ce qui se passe de façon toujours décalée, de trop loin, de trop près, mais à l'endroit parfait pour capturer les situations aussi triviales qu'improbables. Un peu comme si Roy Andersson avait laissé tomber ses peintures pour un habillage plus pop, réaliste, faussement sur le vif mais parfaitement étudié.

4/6

lundi 19 mai 2008

Home - Semaine de la critique


Une famille vit dans une maison posée juste à côté d'une autoroute abandonnée depuis des années. Postulat intrigant pour la jeune cinéaste Ursula Meier qui signe ici son premier long métrage, présenté en séance spéciale. D'abord une fable peuplée de marginaux un peu baba, Home, croqué par la chef op' Agnès Godard, dérive vers la phobie, l'anxiété parano, agoraphobe, où l'isolement idéal dans un petit paradis coupé du monde tourne à l'enfermement asphyxiant, explosion du non-dit familial, de l'inadaptation à la société et des peurs souterraines, tandis que, toujours plus irrespirable, règne dehors le branle-bas pollué de la civilisation. Cast nickel, originalité bien assumée, doigts de fée, et le prix de la révélation du Festival est attribué à...

5/6

Tokyo Sonata - Un Certain Regard


Vu dans des conditions qui poussent au flottement (rythme cannois insomniaque, projection de rattrapage dans une yourte mixée sauna finlandais), Tokyo Sonata mérite pourtant de grands yeux ouverts, en dépit des craintes suscitées par le projet. Car si l'on sait Kiyoshi Kurosawa souverain dans le genre (voir ses réussites comme Kaïro, Cure, ou plus récemment Rétribution), le cinéaste japonais se montre souvent plus timoré lorsqu'il se frotte au drame (Licence to Live ou Jellyfish). Tokyo Sonata, malgré quelques problèmes de scénario et un retard à l'allumage, est solidement posé sur sa rampe de lancement, décollage assuré par une dernière scène assez magique. Entre temps, Kurosawa dresse le portrait d'une famille japonaise qui s'étiole, avec au centre un père qui se retrouve au chômage et qui cache cette disgrâce à sa famille. Porté par une mise en scène splendide, le film est à la fois un des plus déprimés de son auteur, mais aussi un de ses plus optimistes. Et, comme le note mon ergonomique confrère plus bas, on peut se demander pourquoi Kurosawa est passé à côté de la sélection officielle, quand le contingent asiatique de celle-ci s'embarrasse d'un 24 City parfaitement dispensable, plus dans la lignée d'un Useless que d'un Still Life.

5/6

I Must See Indy

Voila, ça, c'est fait. Après le bisou lesbien de Vicky Cristina Barcelona, le coup de fouet d'Indy était le moment le plus attendu du festival. Je ne vais pas m'éterniser, c'est une incroyable déception avec le pire scénario de blockbuster depuis longtemps (enfin disons depuis Spider-Man 3). La réalisation claque, par contre, surtout avec une énorme scène d'introduction... Bon, quelques impressions en vrac sur ma journée.

1. FilmDeCulte en force. Quatre membres de l'équipe à la première d'Indy... Liam et Bob sur Yahoo UK, Liam et votre serviteur sur Ecran Large et Filmactus... On aurait mettre nos vieux tee-shirts.

2. Les soldats russes sont les plus cons du monde. A moins que ce soit le scénario d'Indy, en fait... Facilités et raccourcis scénaristiques, sauts de foi permanent... Marre de ce cinéma US qui prend les gens pour des cons et ces films qui sont réservés à un visionnage des meilleures scènes d'action sur DVD...

3. Gomorra a un décor de cinéma de folie. Une banlieue napolitaine pire que la plus pire de nos cités. Le film, lui, est décevant. Trop de personnages, trop d'histoires, trop de situations. Pas assez de maîtrise.

4. Tokyo Sonata, le nouveau Kurosawa, a des moments magnifiques et des trous béants dans son scénario. Mais la petite musique fonctionne. Kurosawa dit des choses fortes sur la société japonaise et sa structure familiale. La toute fin est magnifique.

5. Pourquoi Tokyo Sonata n'est pas en sélection officielle ? La question mérite d'être posée... Pourquoi Leonera et pas le Kurosawa ? Kyôko Koizumi, le héros du film, est juste extraordinaire.

Gomorra


Film tentaculaire sur la mafia napolitaine adapté d'un best-seller en Italie, Gomorra de Matteo Garrone souffre d'un trop-plein de personnages et d'histoires. Sur le plan narratif, il ne parvient jamais à donner le liant, noyant le spectateur dans un flux d'information et de situations non connectées entre elles. Malgré une volonté évidente de coller au plus près à la réalité du terrain, Gomorra pêche par un certain didactisme, une intention trop évidente de montrer l'endroit et l'envers de la pieuvre, sans avoir fait le tri nécessaire entre les personnages. Reste qu'il a fallu un certain cran à Matteo Garrone et son équipe pour dénoncer l'emprise de la Camorra sur le sud de l'Italie.

3/6

dimanche 18 mai 2008

Serbis


A l'image du lumineux John John, Serbis, le nouveau film de Brillante Mendoza, grouille de vie, du brouhaha infernal et incessant des voitures, en passant par les courses au voleur et irruption de chèvre au sein même du décor. Un décor fascinant en forme de labyrinthe tordu, autant une maison qu'un cinéma qu'une cantine qu'un bordel, peuplé par une famille et 36 clients qui vivent, jouissent, rient, aiment et pleurent dans les recoins de ce petit monde orné d'affiches kitsch, de graffitis amoureux, tandis que dans la salle sont diffusés des films érotiques voyant des pin-ups philippines implorer Saint Michel de les sauver. Anti-Chatte à deux têtes, Serbis n'est jamais glauque, peint le portrait décalé et inédit d'un clan ultra attachant, indifférent aux moeurs légères de l'établissement, et réuni autour d'une figure matriarcale blessée, mais droite comme un I derrière son guichet. Si le jury est équipé d'un coeur en état de marche, Serbis, comédie touchée par la grâce, pourrait bien se glisser au palmarès. En un mot comme en cent (ou deux, en fait): ça tue.

5/6

Station Taverne

Quatrième jour de festival et la pluie qui toujours s'invite sur la Croisette. Pas glop tout ça, même si cela reflète assez le propos des films en compétition... Petits trucs lancés à la va-vite.

1. Le Walter Salles est un beau petit film, humble et généreux. Ses chances d'avoir un prix me semblent peu élevées mais j'aime ce cinéma social qui ne cherche pas à faire thèse politique. La première séquence est magique pour le fan de football que je suis, totalement en adéquation avec la 38e journée de Ligue 1.

2. Scarlett Johansson qui boude la Croisette, Javier Bardem qui ne fait pas le déplacement. La présentation de Vicky Cristina Barcelona n'est pas le défilé de sex-symbol attendu. Mais comme on fêtait les 60 ans de cinéma de Jeanne Moreau, la déception de rater Scarlett s'est estompée. Ou pas.

3. Quand la guerre des festivals fait des spectateurs des victimes. Sans le Lion d'or à Venise pour Still Life, le Jia Zhang-Ke n'aurait pas été sélectionné. Film mineur et chiant malgré quelques fulgurances esthétiques, 24 City a fait fuir les festivaliers en masse. Et Joan Chen avait une robe immonde, avec un décolleté plongeant à faire pâlir Scarlett.

4. J'adore quelques plans de 24 City, pourtant, notamment les travellings arrières dans l'usine et une scène dans un centre culturel. Enfin disons un plan. Cela m'a donné envie de revoir A L'Ouest des Rails. Déjà ça de pris mais première véritable déception du festival.

5. Serbis de Brillante Mendoza va choquer. Une fellation homo, une scène de cul très osée et un furoncle qui explose face caméra... Pourtant le film est d'une tendresse infinie et d'une vraie beauté humaine. L'accueil de la presse, glacial, ne préfigure rien de bon... Les gens sont des bouffons.

6. Indy, Indy et encore Indy. Cela balise comme des fous dans l'appartement. Le film est annoncé moyen mais j'ai quand même follement envie de le voir.... Nostalgie quand tu nous tiens...

7. Aucune fête cannoise pour l'instant. Et tant mieux.

24 City


Le nouveau Jia Zhang-Ke est très loin du niveau atteint par Still Life. Soporifique, pour ne pas écrire plus, extrêmement répétitif et vain surtout comparé au somptueux A L'Ouest des Rails de Wang Bing, 24 City échappe au zéro pointé par des transitions sublimes et des plans en numérique à couper le souffle. Dommage que ce soit utilisé pour filmer des longs monologues lourds de sens.
2/6

samedi 17 mai 2008

Linha de Passe


Les premiers plans de Linha de Passe subjuguent: des mains dressées sous une bannière géante qui roule sur un stade en transe, transe reprise lorsque d'autres mains s'élèvent plus tard lors d'une messe en extase. Walter Salles et Daniela Thomas racontent le quotidien ardu d'une mère et de ses quatres enfants, tous en quête de transcendance: par le foot, la religion, les armes, ou une rêverie encore enfantine, lâchée seule sur la route. Voilà la force du long métrage brésilien: s'il ne retrouve jamais vraiment l'intensité de ces premiers instants (hormis lors de ses magnifiques plans de visages sombres ou éclairés), il offre un portrait qui refuse le pathos, à l'image des derniers mots répétés comme une incantation, but marqué ou non, dieu aveugle ou vicieux - "en avant, en avant, en avant...".

4/6

Vicky Cristina Barcelona


Dans son nouveau film (et première escapade en Espagne), l'ami Woody conte les petits désordres sentimentaux de deux américaines en voyage qui s'entichent d'un séduisant peintre, attisant ainsi la jalousie de son ex-petite amie. Comédie érotique légère comme une bulle de champagne, Vicky Cristina Barcelona est un petit bonheur permanent, illuminé par ses comédiennes, Scarlett Johansson, Penelope Cruz, et la nouvelle venue Rebecca Hall. Un aphrodisiaque sur la Croisette.

5/6

Le Voyage aux Pyrénées - Quinzaine des réalisateurs


Deux comédiens célèbres débarquent dans un petit village des Pyrénées, avec dans l'idée de réparer leur couple mis à mal par la nympomanie de madame. Craquage absolu voguant (et fier d'y voguer) dans les rapides du nanar assumé, du temple à l'improbable et de l'ôde au saugrenu, Le Voyage au Pyrénées est une expérience, quelque part entre les doublages improbables de La Classe américaine et les déguisements foireux de Pas de pitié pour les croissants. Darroussin et surtout Azéma (dont les minauderies feraient passer toutes ses autres performances comiques pour du théâtre no) s'en donnent à coeur joie, et si l'exercice patine très sérieusement sur la longueur, les frères Larrieu accouchent d'un ovni plutôt réjouissant, et surtout très libre.

4/6

Le poids des mots, le choc des photos


Le Festival de Cannes, ça n'est pas seulement son tapis rouge, son journalisme drama queen, ses mémés déguisées en sirènes, ses cocktails funky où votre serviteur waterproof et melliflu se retrouve entre JCVD et Didier Bourdon ou encore ses interviews d'Ariane Massenet, le Festival de Cannes c'est aussi le lieu rêvé pour la superprod qui veut se la jouer:


Exemple avec Indy, et d'un coup on s'y croirait *tin-tintintiiin tintintiiin*


Ou encore X-Files la suite, j'y crois à mort on est vivant tant qu'on est fort.

Mais surtout la superproduction qui fait d'excitation perdre ses cheveux à la planète entière:


Ils n'ont pas ça à Cabourg.

Soi Cowboy - Un Certain Regard


L'Anglais Thomas Clay avait fait son petit buzz en 2005 lors de la présentation de son The Great Ecstasy of Robert Carmichael, film choc au dispositif formel impressionnant mais au scénario plus faiblard. Soi Cowboy signe son retour, en forme de grand contrepied: là où Carmichael conservait une distance glaciale vis-a-vis de ses personnages, Soi Cowboy les regarde de près, dans leur petit quotidien gratté en noir et blanc. Pourtant, rien ne semble couler de source avec cette description complexe d'une relation entre un Européen bedonnant (Nicolas Bro, découvert dans Dark Horse de Dagur Kari) et une jeune locale (Pimwalee Thampanasyan). Au-delà de l'étrangeté des antagonismes, Clay observe son couple qui marche à la façon d'un échange commercial, "un clash entre les visions occidentales de l'amour et de la sécurité" selon le réalisateur, et qui donne lieu à des scènes d'une tendresse assez déroutante. L'envol semble pris lors d'un voyage fascinant, où Clay plonge son couple dans une nuit auprès de temples, mais la césure colorée déçoit un peu ensuite, apportant peu d'eau à ce que Clay a réussi à montrer, en toute ambiguïté, jusqu'ici.

A noter, pour les initiés, la présence réjouissante d'une mémé en déambulateur qui fait figure de cousine de plan fixe de la boiteuse superstar de Goodbye Dragon-Inn.

4/6

Hunger - Un Certain Regard


Très sérieux candidat à la Caméra d'or, Hunger de l'Anglais Steve McQueen (aucun lien) relate les années d'emprisonnement de Bobby Sands et d'autres prisonniers politiques de l'IRA dans la prison de Maze, en Irlande du Nord, au début des années 80. McQueen dépouille sa narration de dialogues, et se sert des corps comme arme politique, refus de l'habit de prisonnier et refus de l'hygiène comme refus d'allégeance, tartinant les excréments sur les murs, passant le temps la peau nue avant que celle-ci n'obtienne comme réponse que les coups qu'elle reçoit. "Lorsque Jan Youghusband [producteur du film] m'a contacté début 2003, il n'y avait pas encore de guerre en Irak, de Guantanamo Bay, de prison d'Abu Graib, mais au fil du temps, les parallèles entre les deux époques sont devenus évidents". Le réalisateur tranche son film en deux avec une scène tour-de-force, rupture logorrhéique comme un match de boxe en plan fixe de vingt minutes, et ce n'est peut-être pas ce que le film fait de mieux. La fin laisse à nouveau parler les sécrétions, dans un film qui s'ouvre par un tintamarre acharné, repris plus tard en prison, et qui doit s'éteindre, porté par la performance impressionnante de l'acteur Michael Fassbender, découvert dans Angel. Belle ouverture de la section Un Certain Regard, poursuivie de la meilleure façon par le très beau triptyque Tokyo!.

4/6

vendredi 16 mai 2008

Le bip-bip de la sécurité

Cannes, troisième... Petit vendredi aux oignons avec déjà trois films au compteur, en attendant Scarlett et Iron Mike, un sandwich dégueu et trois Nespresso dans le gosier pour tenir... Quelques observations en vrac...

1. Emmanuelle Devos a-t-elle le cul d'Angela Basset ? La sentence, prononcée à trois reprises dans le très beau et cruel Conte de Noël, m'a obligé à guetter l'apparition du fameux popotin de l'actrice. Pas probant, tout ça, mais cela évite la frustration de ne pas avoir vu le moindre bout d'étoffe de Natalie Portman....

2. Pour les amoureux de Desplechin, Un Conte de Noël est un vrai jeu de piste. Retour de Paul Dedalus, le héros de Comment je me suis disputé (et du Ulysse de Joyce), plan fixe d'un personnage sur fond bleu comme dans Roi et Reine et donc allusion à l'arrière-train d'une jeune fille comme dans Comment je me suis disputé...

3. Trois films sur Tokyo ! valent mieux que vingt sur Paris. La capitale nippone a de la chance, le film qui lui ait consacré est réussi. Dans la série posture-de-la-star, Leos Carax était horripilant lors de la présentation du film, avec un cinglant, "je vois que vous êtes vivants".

4. Le retour du rire en boîte MK2 sur la Croisette. Je déteste les exclamations forcées lors des projections de film de présupposé star de la mise en scène. La vision du Carax de Tokyo ! en devenait pénible, avec ses rires de pingouins contents d'être là. Cannes nous rend misanthrope.

5. Une scène me hante. Le rêve du personnage principal de Waltz with Bashir, de nuit, dans l'eau, quand il remonte sur la berge. Le film a été formidablement accueilli et je ne vois pas comment il ne pourrait pas figurer au palmarès dimanche prochain. Succèder à Persepolis comme prix du jury serait dans la logique des choses.

6. C'était le jour des hommages aux grands disparus de l'année passée, Pascal Sevran et Carlos. Non je plaisante, Ingmar Bergman et Michelangelo Antonioni. Le premier sert de référence à Conte de Noël, le second à Soi Cowboy. On a vu pire référence.

7. Une heure et demie avant la séance. C'est le délai parait-il raisonnable pour accéder à la projo presse du Woody Allen. Voilà qui promet une belle foire d'empoigne... Le baiser lesbien entre Scarlett Johansson et Pénélope Cruz provoque une envie trop forte.

8. Le cul , encore et toujours. 2008 c'est l'année de la fesse à Cannes. Pas un film - ah si, le Sel de la Vie - n'échappe à une vue de croupe. C'est déjà ça de pris en ces temps de disette sexuelle.

Conte de Noël


Premier film français présenté en compétition, Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin pourrait bien figurer au palmarès. Petit jeu de massacre en famille, à la fois dur et tendre, le nouveau long-métrage de l'auteur de Roi et Reine résume à merveille l'art de conteur d'Arnaud Desplechin, aussi à l'aise dans la description psychologique que dans l'écriture de dialogues ciselés avec soin. En rejeton banni par sa famille et délaissé par sa propre mère, Mathieu Amalric est absolument parfait en clown blanc moteur d'une histoire de greffe, aussi bien au sens propre qu'au sens figuré. Après une première heure et demie d'une virtuosité assez époustouflante sur le plan narratif, le récit ralentit pour prendre le chemin de traverse d'un amour inassouvi. Grand film qui nécessitera certainement une longue digestion.


5/6

Tokyo ! - Un Certain Regard


Triptyque consacré à la capitale nippone, Tokyo ! tient toutes les promesses de sa carte de visite avec trois visions très différentes mais cohérentes de la société nippone, sur la difficulté de trouver sa place au sein de celle-ci. Le segment réalisé par Michel Gondry est le plus réussi, petit concentré de poésie réaliste à la fin réjouissante. Celui de Leos Carax, pour son grand retour, est le plus fascinant avec ce Godzilla SDF qui fait les gros titres des journaux. Dommage que l'intérêt se dilue quelque peu avec une interminable scène de procès. Le troisième, de Bong Joon-Ho, est plus concis et souffre un peu de la comparaison.

4/6

Les Trois Singes


Troisième film du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan à être présenté à Cannes, Les trois Singes est aussi le plus accessible de son auteur. Film de genre psychologique - ne pas s'attendre au rythme d'une production hollywoodienne ou même à une enquête policière -, ce nouvel opus de l'auteur des Climats déçoit. Si la mise en scène est toujours aussi sublime, avec des plans magnifiés par l'emploi du numérique, le scénario reste trop abrupte et théorique pour faire naître une quelconque émotion.


3/6