
On sait Bong Joon Ho pas peu fier de sa filmographie et il faut considérer et admettre, à peine a-t-on mis un pied dans Mother, le galbe de ses chevilles enflées. Soient des champs à perte de vue. Y chemine Kim Hye-Ja, la mère en titre, toute en démonstration d’interprétation habitée, qui sur la musique du générique se lance dans une danse inspirée, variant à l’envi les émotions et les attitudes sur le beau masque de son visage. Le film restera par la suite sur cette note, en équilibre précaire entre la sublimation appuyée, le décalage forcé au risque de l’humour lourdaud et, trop régulièrement, l’esbroufe technique (ruptures sonores marquées, ballet millimétrique des caméras, grosses machines narratives, exemplairement un accident de la route uniquement pour le choc…). Déjà éprouvée par moments sur The Host, cette tendance qu’a acquis Bong Joon Ho à une trop grande conscience de ses effets alourdit régulièrement l’enquête policière à plusieurs détentes de Mother, qui ne parvient jamais à retrouver l’effet de surprise de son beau Memories of Murder, auquel l’on pense pourtant à plusieurs reprises. Reste le métier, indéniable, du metteur en scène, bien qu’ici en pilotage automatique.
3/6
Guillaume Massart