
Le piège était tendu et Porumboiu y tombe tête la première: à vouloir narrer l’ennui, dépeindre l’anti-spectaculaire, on finit par le rendre communicatif. Le projet et les intentions de Policier, adjectif sont pourtant claires: transmettre la grisaille et l’apathie d’une Roumanie fatiguée, ses rues tristounes, ses administrations décaties, ses autochtones comme en sursis. Voici donc un flic qui s’emmerde, contraint de filer trois ados fumeurs occasionnels de shit, planquant au coin des cours d’école, ramassant les mégots pour les renifler, offrant un Coca à son misérable indic, poireautant sans fin pour que ses collègues vérifient un numéro de plaque ou une identité, et sifflant des bières en causant variétoche une fois rentré à la maison. La mise en scène s’aligne sur ce naturalisme las, refusant la coupe au maximum, rivé au sol de ses cadres banalisés tant que possible. Et l’ennui de devenir palpable. Le film ne serait que raté si, dans ce sommeil événementiel voulu, Porumboiu n’essayait de renouer avec l’humour pince-sans-rire de son précédent film, le beau 12h08 à l’est de Bucarest. La trentaine de lignes de dialogues ici essaimée comme autant d’oasis dans le désert narratif, vise ainsi au rire nerveux, mais sombre à son tour dans un autre travers hélas attendu: chaque prise de parole, en effet, on le comprend vite, n’a d’autre objectif que l’humiliation des personnages, ici ramenés à une dimension embarrassante d’êtres creux aux trajectoires vaines. Et plus cette misanthropie rattrape Policier, adjectif, plus il devient antipathique.
1/6
Guillaume Massart