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mercredi 27 mai 2009

Cannes 2009, le bilan

Cannes 2009 a baissé pavillon, il est temps comme Isa, Shu, Sharmi et tous leurs amis de tirer les conclusions qui s'imposent.


UP

* Après 2008, année de la femme qui en prend plein la face, voici 2009, année des enfants en panique. Traumatiquement accidenté (Soudain le vide), abandonné comme enterré (Une vie toute neuve), séparé de maman (Vincere), ou hanekisé (Le Ruban blanc), le mioche du cru n'a pas la vie facile.

* Maman très chère. Courage dans Mother, emprisonnée dans Vincere, vomie dans J'ai tué ma mère, endeuillée dans Antichrist, à la rue dans Fish Tank, si en 2009 les gosses trinquent, maman n'est jamais bien loin.

* 2009, année de la sorcière. Prêtresse de bois (La Nymphe), folle de chagrin (Antichrist) ou ire maudite (Jusqu'en enfer), tout le monde dit wesh à la witch-bitch. Et quid de Sabine Azéma dans le Resnais?

* Sonate de Tokyo, suite. Après Kiyoshi Kurosawa l'année passée, la capitale tokyoïte attire le touriste. Voyage organisé pour Isabel Coixet (Map of the Sounds of Tokyo), virée underground chez Gaspar Noé (Soudain le vide). Les vrais Japonais, eux, se contentent des sections parallèles.

* L'éternelle farandole de l'antique spectatrice cannoise. Parfois seulement au bout de quelques minutes de film, chaque année, c'est le même spectacle: des ombres s'élèvent et tentent péniblement, dans un râle de douleur, de se frayer un chemin vers la sortie. Généralement par groupe, le pas peu assuré, les bras en l'air, mimant la danse du Septième sceau sur les raides marches du balcon. Et les autres de guetter la chute de Bouli qui n'arrive jamais.

* Côté mesdames, Kim Oh-vin, bombe incendiaire dans Thirst, ceci est mon sang. Côté messieurs, Cauã Reymond dans A Deriva, venu présenter le film où le canon brésilien a... 2 scènes. Merci quand même.


DOWN

* Pas de fête pour moi cette année. 2009, année studieuse.

* Où sont passées les merveilles du Marché du film 2008? Les phacochères mexicains hantés, les films de Lorenzo Lamas contre des poulpes géants et de Ian Ziering contre des dinosaures incas, les bios de Tatu par Roland Joffé? Cette année, à peine un Hercule Kid en 3D avec Hulk Hogan à se mettre sous la dent. C'est la crise, même dans le monde de l'improbable.

* L'Imaginarium du Docteur Parnassus. RIP Terry Gilliam, jusqu'à la montée des marches: on imaginait Colin Farrell, Johnny Depp et Jude Law pour faire écran de fumée, on n'a eu que Mini-Me qui n'a pu escalader l'insurmontable obstacle. Ca va très bien avec le film.

* Le cancrelat qui, dans le train Marseille-Paris de dimanche soir, a cru bon d'annoncer tout haut "Haneke Palme d'or!", alors qu'on s'était religieusement protégé les oreilles pour profiter de l'enregistrement en différé, à la maison, avec du popcorn et du Banga. Raté.

mardi 26 mai 2009

Le Palmarès


Palme d’or :
Le Ruban blanc de Michael Haneke

Grand Prix :
Un prophète de Jacques Audiard

Prix exceptionnel du Festival de Cannes :
Alain Resnais

Prix d’interprétation masculine :
Christoph Waltz (Inglourious basterds)

Prix d’interprétation féminine :
Charlotte Gainsbourg (Antichrist)

Prix de la mise en scène :
Kinatay de Brillante Mendoza

Prix du scénario :
Nuits d’ivresse printanière de Lou Ye

Prix du jury :
ex aequo : Fish tank d’Andrea Arnold et Thirst de Park Chan-Wook

Caméra d’Or :
Samson et Delilah de Warwick Thornton (Australie)
Mention spéciale : Ajami de Scandar Copti, Yaron Shani=

Prix du court métrage :
Arena de Joao Salavisa
Mention spéciale : The Six dollar fifty man

Coco Chanel & Igor Stravinsky - Clôture


Bonne surprise que ce Coco Chanel & Igor Stravinsky: après une ouverture très réussie et assez adhoquement drôle à Cannes (Stravinsky qui présente son Sacre pour se faire huer par des gus qui s'attendaient à voir Le Bal des cygnes *toute ressemblance avec l'accueil critique de certains films ne serait que pure coïncidence*), Kounen, pour une fois en mode retrait, joue très bien de la tension glaciale et sexuelle entre Mouglalis et sa voix, Mikkelsen et sa carrure. Dans un registre moins fight huppertien, le film évoque parfois le côté glace claustro de Gabrielle (de Chéreau à Kounen, on aura tout vu). Une certaine élégance stylée et un sens du casting (l'épouse de Stravinsky), jusqu'au générique qui mêle motifs d'arts déco et... psychédélisme blueberrien.

4/6

Fish Tank


Petit portrait pas si petit d'une gaminette cash à casquette comme un cheval blanc enchainé à une pierre, qui regarde avec dépit ses camarades se fringuer en putes, se bastonne avec les mecs, et pire que tout, vit avec une mère qui écoute du reggae. Le casting est royal, et certaines scènes installent une tension qui pousse le film vers du plus grand (toute la séquence, splendide, avec la fée Schtroumpfette). Comme Red Road (avec lequel il partage une construction assez voisine), Fish Tank est trop long mais Arnold sait décidément y faire. En matière de social british, voilà un film qui donne d'un coup de grosses rides à Ken Loach.

4-5/6

Nuit d'ivresse printanière


Il y a de belles choses dans ce Nuit d'ivresse printanière, ne serait-ce que ce début tout simple, mais surtout, une fois qu'on quitte le récit linéaire et conventionnel, ces états d'âme au ciel empli d'une tristesse infinie, et ces cicatrices sur lesquelles on ne chiale pas mais où l'on pose un tatouage en fleur de lotus. Las, le scénario est un énorme fouilli qui bloque un peu l'émotion, là où Lou Ye a montré par le passé ses talents en matière de dépit amoureux (Suzhou River et surtout son magnifique Une jeunesse chinoise). Beau spleen mais film inégal.

3/6

samedi 23 mai 2009

Quinzaine des réalisateurs - Palmarès


Après la Semaine de la critique, c'est au tour de la Quinzaine des réalisateurs de rendre son verdict. Le triomphe est total pour le très bon premier film du tout jeune Canadien Xavier Dolan, J'ai tué ma mère. Le film sort le 15 juillet en France.

PRIX SACD, PRIX REGARDS JEUNES, PRIX ART CINEMA AWARD
J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan (Canada)

MENTION ART CINEMA AWARD
La Merditude des choses, de Felix Van Groeningen (Belgique)

PRIX EUROPA CINEMA
La Pivellina, de Tizza Covi et Rainer Frimmel (Italie)

PRIX SFR DU COURT METRAGE
Montparnasse, de Mickael Hers (France)

Semaine de la critique - Palmarès


LONG METRAGE

Grand Prix de la Semaine de la Critique
Adieu Gary, de Nassim Amaouche (France)

Jury : Décerné par la presse (les journalistes sont invités à voter à chaque projection).


Prix SACD
Lost Persons, Area de Caroline Strubbe (Belgique / Pays-Bas / Hongrie)

Jury : Bertrand Van Effenterre, Charles Nemes et Jacques Fansten (SACD)


Soutien ACID/CCAS
Sirta La Gal Ba (Whisper With The Wind) de Shahram Alidi (Irak)

Jury : Teona Mitevska, Soufiane Adel, Laurent Salgues, Eric Guirado (réalisateurs membres de l’ACID) et Anna Deffendini (CCAS)



Prix OFAJ/TV5MONDE de la (Toute) Jeune Critique
Sirta La Gal Ba (Whisper With The Wind) de Shahram Alidi (Irak)

Jury : 32 lycéens français et allemands participant à la (Toute) Jeune Critique.



COURT METRAGE

Grand Prix Canal+ du meilleur court métrage
Slitage (Seeds of the Fall) de Patrik Eklund (Suède)


Prix découverte Kodak du meilleur court métrage
Logorama de François Alaux, Hervé de Crécy, Ludovic Houplain (H5)

Jury : Stéphane Brizé (réalisateur), Jérémy Clapin (lauréat 2008), Mylena Poylo (productrice, TS Production), Marina Foïs (actrice), Thomas Sotinel (critique), Antoine Roch (chef opérateur), Jean Labadie (distributeur, Le Pacte), Gilles Duval (Fondation Gan)



AUTRES PRIX

Prix Regards Jeunes
Sirta La Gal Ba (Whisper With The Wind) de Shahram Alidi (Irak)

Jury : 7 jeunes cinéphiles européens invités par le Ministère en charge de la Jeunesse.

Mourir comme un homme - Un Certain Regard


Après l'horrible O Fantasma et Odete qui l'était déjà moins, le réalisateur portugais Joao Pedro Rodrigues continue d'explorer ses terres de queeritude: après le SM à poubelles, après les loulous en slip fans d'Audrey Hepburn, voici les travelos qui font du playback sur du Bonnie Tyler. Le film n'est pas si mauvais quand il a quelque chose à raconter, le problème est qu'il délaie sur 2h13 interminables (mais pourquoi pas 4h? pourquoi pas 12h? et 6 mois tant qu'on y est?) à coups de fredonnement a cappella de chansons portugaises à dormir debout et de chasse au dahu par des trav dont l'un semble échappé d'un épisode de Samantha Oops sous filtre rouge (séquence redoutablement hideuse). Dommage, car la relation entre les deux personnages principaux reste un peu en plan, à tourner en rond, que les questionnements de l'héroïne sur la pente savonneuse à devenir femme et mourir comme un homme font un solide moteur, et que la fin est assez réussie. Mais avant cela, on passe 2h13 (probablement une de trop) à voir le nuage de Nicolas et Pimprenelle défiler en haut de l'écran.

2/6

Visage


Caricature de son propre cinéma, Visage de Tsai Ming-Liang, une commande du Musée du Louvre, s'effondre après une belle première demi heure en un enchaînement las de séquences surréalistes de moins en moins inspirées à mesure que le film progresse. Tous les passages frenchie à hommages Nouvelle Vague (sa Fanny Ardant truffaldienne, son Jean-Pierre Léaud qui s'appelle Antoine, sa Laetitia Casta... ah non pas Laetitia Casta) se révèlent lourds comme du plomb et le rythme de limace pèse sur l'estomac. Restent quelques touches d'humour, le segment maternel plus attachant, un cerf et un gros budget scotch.

2/6

Map of the Sounds of Tokyo


Seule nouvelle venue de la compétition officielle, Isabel Coixet confirme, après notamment le beau Ma vie sans moi, qu'elle sait filmer. Son Map of the Sounds of Tokyo est traversé d'une atmosphère plutôt charmante, tandis que Rinko Kikuchi, la révélation de Babel, interprète un personnage duplice assez intrigant. Mais le problème est dans le moteur: le couple formé par cette dernière et Sergi Lopez est un échec total, zéro alchimie et zéro magie. En grande partie à cause de ce dernier, qui semble plus concerné par sa difficulté à prononcer ses répliques en anglais (une torture) qu'à jouer un personnage. Désincarné, à côté de la plaque, l'acteur espagnol livre probablement la pire prestation du festival et entraine le film dans sa chute. Les petits emprunts à Murakami (la voix-off amoureuse), ou cette carte des sons, pourquoi pas - mais l'ensemble reste un peu trop petit, un peu trop juste.

3/6

The Silent Army - Un Certain Regard


Film néerlandais un peu sacrifié par nos yeux plus tout à fait en face des trous, The Silent Army, suivant les traces d'enfants soldats dans un pays d'Afrique sans nom, est un long métrage solide à cause toute digne mais au traitement tantôt fadassouille, tantôt didactique.

3/6

vendredi 22 mai 2009

Soudain le vide


Soudain le vide pourrait bien durer 2h30 ou être une une installation de 12h que le résultat serait probablement identique. L'argument est simple, d'ailleurs traité avec naïveté, quelque chose de frontal, premier degré, vraiment au pied de la lettre. Expérience psychotrope comme jamais vue à l'écran, le film de Gaspar Noé est un trip en lymbes disco-tokyoïtes, extase psyché et voyage parmi les morts, qui pourrait n'être qu'un pur objet sensitif à mise en scène d'incantation (ce qu'il est en partie, admirablement), mais certaines séquences, comme celles, saisissantes, des gamins, apportent de la chair aux stroboscopes hallucinés. 150 minutes qui se regardent avec les yeux plus grands ouverts que d'habitude, et ainsi l'une des raisons d'être du festival. Mais qu'en a pensé Sharmila Tagore?

5-6/6

L'imaginarium du Dr Parnassus - Hors Compétition


La pire séance du festival? Le nouveau film de Terry Gilliam n'est pas, malgré ce qu'on pouvait attendre, la veillée funèbre de son comédien star (Heath Ledger, bien remplacé par Johnny Depp et Colin Farrell, mal par Jude Law), mais celle de son réalisateur, noyé dans un scénario creux et une imagerie hideuse, quelque part entre une partie d'Hugo Délire et un clip maltais pour l'Eurovision. Une sorte de parodie cauchemardesque d'un Burton sans queue ni tête et qui fait de la peine pour tout le monde.

1/6

Le Temps qu'il reste


Le fond, traversant des années de conflit avec distance et malice, n'est évidemment pas criticable mais on peut aussi être allergique à l'humour pince-sans-rire clown-triste tatiesque de Suleiman qui hante le film comme un fantôme (notamment quelques gags carambaro-fumeux). Mais le pire est peut-être à venir, ces moments tendres plus mielleux qu'un paquet de Miel Pops, lourdement signifiants derrière le traitement "film du coeur". Gros potentiel palmarès inside.

2/6

A Deriva - Un Certain Regard


Récit initiatique en version brasil du néo-zélandais Rain présenté à la Quinzaine il y a quelques années, A Deriva a un côté récit de vacances aussi, de film plutôt confortable avec de belles peaux, du soleil et de la plage, qui fait du bien, doit-on l'avouer, après des films en gris sur la Mer Noire. Mais le long métrage, chaperonné par Fernando Mereilles, témoigne aussi d'un solide savoir-faire formel et narratif qui coule tout seul. Les acteurs, Vincent Cassel en tête, sont tous très bon.

4/6

Conte de l'obscurité - Un Certain Regard


Il y a quelques jolies choses dans ce Conte de l'obscurité triste mais-pas-trop, dans ce portrait d'une femme vivant dans une paumerie absolue (la Russie d'extrême orient), jeune flic ne souhaitant rien d'autre que trouver un partenaire de danse, elle qui se sent vieille et desséchée dans son appart au bas duquel il y a des arbres avec écrit "je t'aime" dessus. Mais on peut regretter aussi que le film tourne assez vite en rond alors qu'il ne dure qu'1h12 (qui paraît vraiment plus). L'actrice sauve un peu la maison, ainsi qu'un refus digne de se rouler dans le ouin-ouin.

3/6

Karaoké - Quinzaine des réalisateurs


Du karaoké malais d'1h15: voici la recette magique pour une fin de festival où les grosses cernes encerclent tous les yeux. Mais le jeune réalisateur Chan Fui Chris Chong se montre bien empoté, qu'il filme ses personnages ou les tournages improbables des clips de karaoké, et son premier long métrage, en mode automatique, qu'il s'agisse de l'écriture ou de la mise en scène, se fait un peu creux, même si oui Malaisie le sucre de tes karaokés contraste avec tes plans sur des fruits pourris. On y allait pour une petite douche fruitée, on repart avec le bouillon. Mais les chansons sont jolies.

2/6

jeudi 21 mai 2009

Le Ruban blanc


Film d'une beauté formelle renversante, Le Ruban blanc parle plus à l'intellect qu'au cœur, glacis esthétique sur une communauté villageoise et ses petits secrets. Il serait étonnant de ne pas retrouver ce film au palmarès, tant cela me semble une coudée au-dessus du reste de la sélection en terme d'enjeu esthétique et politique.

5/6

Yannick Vély

A l'origine


A partir d'ingrédients anti-sexy (hey, un film de 2h30 sur François Cluzet qui construit une autoroute), Xavier Giannoli signe une très belle surprise. Le réalisateur et scénariste, manchot ni à la caméra, ni à l'écriture, fait le portrait d'une impasse assez glaçante, mystification de bruit et de vent sur une route qui ne mène nulle part. Le casting est royal (Cluzet, Devos, ou la jeune actrice Soko), Cliff Martinez a modifié 4 notes à sa partition, le film est un peu long (2h30)... mais pas tant que ça. Et Cluzet de se positionner comme un candidat idéal au prix d'interprétation.

5/6

Inglorious Basterds


Le long métrage le plus attendu du festival est, en l'état, le grand film malade d'un fétichiste du septième art qui multiplie une fois de plus les références cinématographiques et les genres. Après une ouverture sous inspiration Sergio Leone, Inglourious Basterds tarde à se déployer sur le plan narratif et émotionnel mais fourmille de détails cinéphiles. Quant à la longue scène finale, elle est tout simplement dantesque, Le sommet plastique du festival avec le prologue d'Antichrist et les chuchotements de Bright Star.

5/6

Yannick Vély

mercredi 20 mai 2009

Jusqu'en enfer - Hors Compétition


On le sait depuis Evil Dead, l'horreur de Sam Raimi n'est pas celle de Tourneur, c'est une horreur qui fait du bruit et qui rue dans les brancards. On sait aussi que malgré son amour du genre qui transpire de partout, Raimi aime donner des coups de volant vers le décalage humoristique, le cartoon déjanté, le joyeux bordel rutilant. Jusqu'en enfer est un peu de tout ça, un hénaurme joujou surdoré, Raimi de retour en Dr Mad qui te pique la fesse droite avec une grosse seringue de fun à vapeur, d'horreur à sorcières baroques, de dégueulis dans tous les sens, de bébête qui parle et de cynisme rigolard (en gros, l'histoire d'une meuf qui refuse à une vieille dame un prêt immobilier et qui va se retrouver hantée par ladite mémé *l'argument du bonheur*). Machine à prendre du pied de fou, à sautiller d'excitation sur son siège comme un poupon sur son trotteur, Jusqu'en enfer, hormis quelques effets numériques bif-bof, est un vrai ride assez rétro et mauvais esprit en train fantôme deluxe, avec une Alison Lohman qui ne fait pas regretter la défection d'Ellen Page.

6/6

La Nymphe - Un Certain Regard


Avec Pen-Ek Ratanaruang, on était plutôt sur la phase descendante: jolie découverte avec Monrak Transistor, beau spleen de confirmation avec Last Life in the Universe, mais Vagues invisibles comme Ploy puent fort la crise d'inspiration. La Nymphe, ultra-minimaliste, est porté par sa tension fantastique (nymphe magique, bois sacré, monde invisible) et s'inscrit dans toute une mouvance actuelle de la forêt rédemptrice, trip sauvage dans lequel Ratanaruang se montre assez à l'aise, offrant par exemple une soufflante séquence d'ouverture, long plan-séquence forestier qui pose le ton et le rythme. Le film avait les épaules nécessaires pour une place en compétition.

4/6

Une vie toute neuve - Hors compétition


Une vie toute neuve est une toute petite chose présentée hors compétition, le premier long d'une jeune protégée de Lee Chang-dong qui a produit et participé au lustrage du scénario. Et ça se sent car le film évite pas mal de pièges du mélo-à-la-coréenne: Lecomte ne force pas le trait de ses persos (le père n'a pas de visage car il n'a pas de réponse, les bonnes soeurs ne sont pas des evil putes, tout au plus des meufs à voile qui donnent un baton à une gamine pour qu'elle passe sa peine dessus), se débarrasse des sanglots longs des violons de Séoul (le film est d'ailleurs très silencieux, un silence comme hébété qui colle parfaitement à ce que dit le film), et la recette sensible marche. Car même taille mini, Une vie toute neuve (avec son titre de téléfilm du coeur de France 2 *mais où se cache Virginie Lemoine*) parvient à toucher avec ce portrait d'une gamine abandonnée sans plus d'explications, poupée à robe rose mais prête à s'enterrer pour ne plus rien entendre. La grosse réussite du film réside soit dans sa direction d'acteur, soit dans le talent de la gamine, soit les deux: la petite actrice est assez stupéfiante, aussi bien en rayon lumineux qu'en caillou de rancoeur ou nuage de tristesse.

5/6

I Love You Philip Morris - Quinzaine des réalisateurs


Premier film des scénaristes du brillant Bad Santa, I Love You Philip Morris ressemble à un petit pétard mouillé, gérant assez maladroitement son goût du zig-zag entre la bouffonnerie absolue de pédés flamboyants à petits chiens et le mélo à larmes. Jeu de rôle cousin germain d'un Arrête-moi si tu peux (avec son héros flic, prisonnier ou arnaqueur), le film échoue lorsqu'il s'éloigne du second degré et souhaite donner du poids à sa romance. Surécrit, I Love You Philip Morris ne respire jamais vraiment, malgré un début réjouissant, un sujet en or et un Jim Carrey excellent.

3/6

Les Herbes folles


Qu'il est triste d'assister à une comédie poussive de la part d'un ancien génie du septième art. Fantaisie bourgeoise souvent horripilante de préciosité, Les Herbes folles n'a que sa mise en scène pour le sauver du néant sidéral de son scénario. Mention spéciale à la musique de Mark Snow, sans doute la pire bande originale de l'année.

1/6

Yannick Vély

Les Etreintes brisées


Après la récréation Volver, Pedro Almodovar revient aux affaires avec un film cérébral et fétichiste sur ces deux passions dans la vie, les femmes et le cinéma. Une nouvelle fois, il multiplie les références au film noir pour dresser un jeu de piste fascinant. Les Etreintes brisées n'a pas la même force émotionnelle que le chef d'oeuvre du maître madrilène, Tout sur ma mère, ou la sophistication esthétique de Parle avec elle, mais cela reste du très grand cinéma à l'image de cette magnifique excursion à Lanzarote.

5/6

Yannick Vély

mardi 19 mai 2009

Vincere


L'impression d'être grâcieusement invité à visionner les candidats Oscar pour la sélection 2010 du meilleur film étranger: Vincere est un biopic interminable à belle image mais se révèle furieusement raplaplat malgré tous ses efforts pour être le plus pompeux possible. Aussi peu subtil que son compatriote et autre chéri cannois Paolo Sorrentino, Marco Bellocchio ne parvient jamais à captiver avec l'histoire méconnue d'Ida Dalser, maîtresse cachée de Mussolini, jeune femme sur laquelle peuvent bien se refermer tous les pièges à loups de la Terre sans qu'on ne soit un instant ému.

2/6

Altiplano - Semaine de la Critique


Non, Altiplano n'est pas un Que Viva Mexico 2, mais il y a cette façon de croquer les visages, les masques, le décor qui en impose la plupart du temps. Non, Altiplano n'est pas non plus un revival Jodorowsky mais il en reste quelques traces, dans cette Amérique du Sud totalement hallucinée. On peut trouver le film du duo Peter Brosens/Jessica Woodworth poseur, mais comment lui reprocher sa beauté, croulant parfois sous les symboles (sur la religion, le deuil, sur le rôle des images) mais la grâce de la mise en scène, essentiellement composée de plans-séquence et de travellings, élève le film, emporté par son dénouement en forme de produit dopant, une utilisation de la 3e Symphonie de Gorecki qui ne réconciliera pas ceux qui trouvaient déjà le film grandiloquent. L'essai est parfois maladroit mais il a du panache.

4/6

Jaffa - Hors compétition


Nouveau long métrage de Keren Yedaya, lauréate de la Caméra d'or avec Mon trésor, Jaffa présente de solides épaules de film-standard israélien avec Ronit Elkabetz dedans (un quasi-genre). Mais tout ce que Yedaya dit du dialogue israélo-palestinien semble déjà vu, de l'histoire d'amour contrariée au décor où co-habitent deux peuples. Honorable, mais le film, moyennement inspiré, est déjà un peu tout ce qu'on imagine avant même de l'avoir vu.

3/6

lundi 18 mai 2009

Antichrist


L'électrochoc: Lars Von Trier, revenu d'une dépression et d'un Direktor moins inspiré, offre une véritable séance d'hypnose avec Antichrist, une tuerie incroyable d'un point de vue mise en scène, expérience jouant l'outrance la plupart du temps mais qui touche au sublime, même pataugeant dans le grotesque, à quasi chaque coup. Antichrist évoque le Lynch le plus horrifique, malmenant l'hésitation fantastique, prétexte de mélodrame (un couple perd son enfant) et projection surnaturelle (sorcellerie et mauvais esprits), dans une Nature qui n'est autre que l'église de Satan. Ca serait beau si c'était un conte pour enfants dit un personnage à l'autre, un conte oui, les bébêtes de La Nuit du chasseur en version perverse, son Mal à l'intérieur en masque de chagrin, dans une plongée folle et aliénée, avec Charlotte Gainsbourg comme possédée, sublime, en prix d'interprétation quasi immanquable.

6/6

Kinatay


De Slingshot à John John en passant par Serbis, les films de Brillante Mendoza observent la collision de deux mondes, celui qui s'infiltre dans l'autre (Slingshot, qui suit les tribulations de petits voleurs dans un quartier de Manille), celui qu'on quitte pour un autre (Serbis, où un jeune homme finit par quitter son foyer pour se plonger dans la ville qui fulmine) et ceux qui ne se mélangent pas (John John, où une mère nourricière passe sa dernière journée avec un enfant adopté par une famille étrangère). Kinatay s'ouvre de manière habituelle pour Mendoza: la ville, ses bruits et sa fureur, mais rien ne gronde encore, pas d'événement. Le décrochage se fera plus tard, la nuit tombée, Mendoza offrant alors autre chose, où l'approche de Slingshot, déjà largement hybride dans ce dernier, finit par tirer vers l'horreur en sous-sol à torture et putes en panique. Mais cette fois-ci, le réalisateur philippin peine un peu sur la longueur, au cours d'une dégringolade du mal qui finit par être redondante et à tourner en rond, là où, alors que peu de choses se passaient à l'écran, John John ou Serbis racontaient tant. Pas inintéressant, mais imparfait et inégal.

3/6

Independencia - Un Certain Regard


Murnau meets L'Ile nue meets les 3 décors d'En route vers l'aventure: voilà le nouveau Raya Martin taille mini cette fois-ci, après son film de 4 heures présenté l'an dernier à la Quinzaine. Esthétiquement splendide, Independencia manque néanmoins d'un peu de muscles niveau récit pour tenir la longueur. Prometteur.

4/6

J'ai tué ma mère - Quinzaine des réalisateurs


Alors que le buzz présentait ce candidat à la Caméra d'or comme un Tarnation au Québec, J'ai tué ma mère est finalement tout autre chose, malgré son héros sensible chevelu qui parle parfois à la caméra, avec ombre maternelle de partout. Xavier Dolan signe une chronique ado très drôle et assez touchante, qui gagne aussi bien sur le registre authentique que sur le décalage. Le jeune réalisateur, pour son premier essai à un âge (19 ans!) où l'on bricole encore des bobines en amateur chez papa-maman, ne s'endort jamais sur ses lauriers et laisse apparaître quelques promesses. Arme fatale du cast, le duo qu'il forme avec sa mère, la Canadienne Anne Dorval, plus connue ici sous le nom de Criquette Rockwell, la naïade du Coeur a ses raisons. Non, il n'y aura point de "niiin", ni de lancer de bonne dans le sapin de Noël, et encore moins de Téléthon enfants pouilleux. Mais c'est très bien quand même.

4-5/6

Bright Star


Pour son grand retour sur la Croisette, seize ans après La Leçon de Piano, la Néo-Zélandaise Jane Campion réalise un grand film romantique à la mise en scène sublime. Si elle prend son temps pour développer son histoire, au risque d'ennuyer, la cinéaste refuse toute concession au mélodrame pour être au plus près des élans de la passion amoureuse.

4/6

Yannick Vély

Taking Woodstock


De retour à Hollywood, Ang Lee se frotte au mythique du festival de Woodstock en adaptant la biographie d'Elliot Tiber, partie prenante de l'organisation. Le film porte magnifiquement son titre et prend des chemins de traverse pour raconter un pan de l'histoire contemporaine. Cool et sensible, Taking Woodstock fait un bien fou après un début de festival plutôt morose.

4/6

Yannick Vély

Un prophète


Jacques Audiard frappe un grand coup avec ce film de genre gonflé et bouleversant, leçon de cinéma et de maîtrise narrative. En suivant les pas d'un jeune détenu prêt à tout pour monter dans la hiérarchie carcérale, il offre un rôle en or au jeune Tahar Rahim, inoubliable Malik.

6/6

Yannick Vély

Polytechnique - Quinzaine des réalisateurs


Il y a des couloirs géométriques avec des casiers, des étudiants beaux et élancés comme dans un shooting de mode qui y révisent leurs examens, une apathie générale tendance neurasthénie neigeuse. Et bien sûr la caméra qui y glisse, dans ces enfilades éclairées au néon, en un noir et blanc soyeux d’étudiant en photographie – et bientôt les déflagrations. Envoyez le massacre. Préparez l’éléphanteau. C’est à peu près tout. Noter que Denis Villeneuve refuse la narration c’est ne dire que partiellement la béance sans fond de Polytechnique, c’est être par trop indulgent envers l’affreux petit exercice de chasse à courre qu’il nous est donné à subir, vide d’intention et abject dans sa forme, trop heureux de sublimer un charnier flou dans la fumée des douilles tièdes pour seulement réfléchir à ses enjeux (ou de la pire des manières, cf. un consternant plan appuyé sur une reproduction de Guernica dans la salle des photocopieuses…). Le vague sous-texte, dicté par le fait divers d’origine, d’un féminisme de bac à sable (le discours off final, d’un neuneu tire-larmes à souhait, vaut son pesant de consternation), n’y change rien. Et le défilé au générique final, comme sur une stèle, des noms des victimes de la tuerie, résume à lui seul l’ambition charognarde du film.

0/6

Guillaume Massart

Mother - Un Certain regard


On sait Bong Joon Ho pas peu fier de sa filmographie et il faut considérer et admettre, à peine a-t-on mis un pied dans Mother, le galbe de ses chevilles enflées. Soient des champs à perte de vue. Y chemine Kim Hye-Ja, la mère en titre, toute en démonstration d’interprétation habitée, qui sur la musique du générique se lance dans une danse inspirée, variant à l’envi les émotions et les attitudes sur le beau masque de son visage. Le film restera par la suite sur cette note, en équilibre précaire entre la sublimation appuyée, le décalage forcé au risque de l’humour lourdaud et, trop régulièrement, l’esbroufe technique (ruptures sonores marquées, ballet millimétrique des caméras, grosses machines narratives, exemplairement un accident de la route uniquement pour le choc…). Déjà éprouvée par moments sur The Host, cette tendance qu’a acquis Bong Joon Ho à une trop grande conscience de ses effets alourdit régulièrement l’enquête policière à plusieurs détentes de Mother, qui ne parvient jamais à retrouver l’effet de surprise de son beau Memories of Murder, auquel l’on pense pourtant à plusieurs reprises. Reste le métier, indéniable, du metteur en scène, bien qu’ici en pilotage automatique.

3/6

Guillaume Massart

Policier, adjectif - Un Certain regard


Le piège était tendu et Porumboiu y tombe tête la première: à vouloir narrer l’ennui, dépeindre l’anti-spectaculaire, on finit par le rendre communicatif. Le projet et les intentions de Policier, adjectif sont pourtant claires: transmettre la grisaille et l’apathie d’une Roumanie fatiguée, ses rues tristounes, ses administrations décaties, ses autochtones comme en sursis. Voici donc un flic qui s’emmerde, contraint de filer trois ados fumeurs occasionnels de shit, planquant au coin des cours d’école, ramassant les mégots pour les renifler, offrant un Coca à son misérable indic, poireautant sans fin pour que ses collègues vérifient un numéro de plaque ou une identité, et sifflant des bières en causant variétoche une fois rentré à la maison. La mise en scène s’aligne sur ce naturalisme las, refusant la coupe au maximum, rivé au sol de ses cadres banalisés tant que possible. Et l’ennui de devenir palpable. Le film ne serait que raté si, dans ce sommeil événementiel voulu, Porumboiu n’essayait de renouer avec l’humour pince-sans-rire de son précédent film, le beau 12h08 à l’est de Bucarest. La trentaine de lignes de dialogues ici essaimée comme autant d’oasis dans le désert narratif, vise ainsi au rire nerveux, mais sombre à son tour dans un autre travers hélas attendu: chaque prise de parole, en effet, on le comprend vite, n’a d’autre objectif que l’humiliation des personnages, ici ramenés à une dimension embarrassante d’êtres creux aux trajectoires vaines. Et plus cette misanthropie rattrape Policier, adjectif, plus il devient antipathique.

1/6

Guillaume Massart

Ne vous retournez pas - Hors compétition


Le pire est peut-être encore qu’il faille voir dans Ne te retourne pas, ne serait-ce que par son titre, un hommage avoué à Nicolas Roeg – dont espérons-le on épargnera les vieux jours du visionnage. C’est peu dire pourtant qu’on croyait en Marina De Van, sur l’excellent souvenir de son premier film, Dans ma peau, rencontre improbable et sauvage entre une francitude Fémis et le Cronenberg organique des débuts. On avait aussi noté sa collaboration prolifique au scénario du subtil Comme des voleurs (à l’est) de Lionel Baier ; et sur cette bonne lancée, tout laissait à croire, sur le seul bénéfice de son pitch intrigant, que Ne te retourne pas confirmerait l’essai. A peu près rien, pourtant, à sauver, dans le navet qui au final nous arrive. Les effets spéciaux tout de même, diront les indulgents. Mais ce serait négliger que pour quelques plans de belle monstruosité numérique, c’est tout le film qui doit se plier à un étalonnage jaunâtre simplement dégueulasse, au fil d’une mise en scène d’une laideur consommée qu’on croyait morte et enterrée avec la carrière de Pitof. Las, il faut donc encaisser la patine métal rouillée de ce machin innommable, découpé à la serpe, et in fine, de toute façon, plombé par une écriture abominable, rendant tout effort de direction d’acteurs impossible. On n’avait en effet pas eu à entendre pareils dialogues depuis Red Is Dead. Le souci étant qu’ici, nulle parodie : le premier degré est affirmé, et douloureux.

0/6

Guillaume Massart

mardi 12 mai 2009

Cannes s'affiche












Merci, comme toujours, à notre camarade Captain N